Exposition Mucha au Musée du Luxembourg : le renouveau de l’Art Nouveau.

Par Claire Juttet.

Bien qu’il appartienne au passé, l’Art Nouveau continue à hanter les rues de Paris. L’édicule des métros Sentier ou Saint-Michel imaginées par Hector Guimard, la façade de la Samaritaine rue de Rivoli ou encore le restaurant chez Maxim’s dans le 8° arrondissement en attestent. L’Art Nouveau habite aussi le Musée du Luxembourg : une rétrospective d’Alfonse Mucha y est organisée depuis le 12 septembre et jusqu’au 27 janvier.

Revenons à cette occasion à l’essence de l’Art Nouveau. En quoi reconnaît-on une œuvre appartenant à ce mouvement ? En 1898, l’artiste allemand August Endell a partagé sa réponse. Selon lui, il s’agit d’un « art avec des formes qui ne signifient ou ne représentent rien, ne rappellent rien, et qui, pourtant peut émouvoir nos âmes aussi profondément que seuls les sons de musique ont pu le faire ». La sensibilité du spectateur est mise à l’épreuve : il est confronté à la beauté de la nature magnifiée à coup d’arabesques et d’aplats de couleurs pastel. L’Art Nouveau apporte une touche de fantaisie à une époque marquée par la deuxième révolution industrielle. Il s’empare de ses trouvailles (lithographie des couleurs, travail du métal, du verre…) pour repenser la division du travail artistique : l’artiste et l’artisan ne font désormais plus qu’un.

Ce mouvement place la société à l’aube du consumérisme. La bourgeoisie se bouscule à « la Maison de l’art nouveau », créée par le marchand d’art Siegfried Bing, pour admirer son mobilier, sa joaillerie, ses verreries ou céramiques… L’élite, conquise par ces objets délicats, s’y rend aussi pour côtoyer les artistes de ce mouvement dans les salons. Cependant, le succès de l’Art Nouveau ne repose pas sur cet entre-soi : l’Exposition universelle de 1900 permet de faire découvrir ce style à un public étranger. Par ailleurs, les codes de l’art nouveau sont utilisés pour faire de la publicité : il atteint de cette manière les classes populaires. Alfonse Mucha a réalisé plusieurs affiches, sublimant le champagne « Moët & Chandon », les « Bières de la Meuse » ou encore les « Biscuits Lefèvre-Utile ».

Le style alambiqué de l’Art Nouveau lui a valu quelques moqueries et sarcasme. La façade de l’hôtel « Castel Béranger », situé 14 rue de la fontaine et hameau Béranger dans le 16° arrondissement, a été qualifié de « débauche » par des spécialistes, la Villa Colliot de Lille de « maison de fou ». Enfin, Guimard n’a plus reçu de commandes publiques après son refus pour l’édicule du métro d’Opéra : la Compagnie du chemin de fer métropolitain de Paris (CMP) choisit l’architecte Cassien-Bernard dont le style néo-classique se fond mieux dans le décor. Plus largement, l’Art nouveau s’opposait, comme les mouvements baroques ou rococo, à l’art classique. Dans son article « réflexion autour de la forme en architecture », Leïla Al-Wakil évoque les sobriquets attribués à ces groupes d’oppositions : « baroque (de l’italien barocco) se dit d’une perle défectueuse, puisqu’elle n’est pas ronde, rococo dérive de rocaille qui qualifie le savoir-faire des rocailleurs, artisans mineurs de l’art des jardins… ». L’art nouveau a reçu le flatteur synonyme « d’art nouille », caricaturant la souplesse et les courbures de ses formes.

Les années folles tonifient cet art flasque. Les courbures fantaisistes de l’Art Nouveau laissent place aux formes géométriques, rectilignes et régulières de l’Art Décoratif. Ce style moderne est en quête de perfection. Il compte sur la technique, et plus particulièrement la science, pour arriver à ses fins. Frappé de plein fouet par la crise économique de 1929, il est contraint de délaisser ses matériaux nobles pour le plastique. Ce matériau, résistant et modulable à souhait, a grandement contribué au développement du design. La reculade de l’Art Nouveau est nettement visible dans les œuvres d’Alfonse Mucha. Il délaisse ses frivoles affiches publicitaires pour se recentrer sur les valeurs qui lui sont chères : sa patrie, la République Tchèque, le mysticisme ou encore la diffusion des savoirs.

Cette brève Histoire de l’Art Nouveau prend sens à la visite de la rétrospective de l’artiste au Musée du Luxembourg. Se pencher sur ses œuvres ne permet pas seulement d’observer la finesse des traits des personnes et des étoffes portées. Ces détails révèlent aussi subtilement des facettes ignorées du personnage.

09/27/2018

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