Le soldat du futur

Par Nicolas Guillaume.

Quel point commun entre Azincourt, Austerlitz et la bataille d’Alep ? Trois batailles me direz-vous – oui, certes, mais trois batailles au cours desquelles l’infanterie a constitué la pièce maîtresse de la victoire. A Azincourt, les archers anglais ont écrasé une cavalerie française bien plus nombreuse. A Austerlitz, ce sont les régiments de ligne français qui ont permis à l’empereur de remporter la victoire. A Alep, nonobstant le rôle important de l’aviation et de l’artillerie, ce sont les soldats au sol qui ont permis la reprise de la ville aux mains du régime.

Ainsi, le soldat engagé dans un combat terrestre reste au cœur de la problématique. Le problème est que ce soldat, à la différence du char ou de l’avion, n’est fait que de chair et d’os. Par conséquent, l’objectif a toujours été de le protéger, de l’augmenter. Car qu’est-ce qu’une armure, si ce n’est une peau d’acier à revêtir en cas de combat ; qu’est-ce qu’une ranger, si ce n’est un pied solide protégeant la voûte plantaire durant des marches interminables ? Qui n’a jamais porté une ranger faite à son pied ne peut comprendre à quel point on y est bien, qui n’a jamais eu à former des rangers à son pied ne peut comprendre quel calvaire c’est.

Mais aujourd’hui, à l’heure où les champs de batailles sont divers, les armements plus destructeurs, les chars plus blindés, les avions plus rapides, les balles plus perforantes, les soldats aussi s’adaptent – ou, plutôt, s’équipent. Nous avons tous en tête l’armure d’Ironman – certes, on n’en est pas encore là. Cependant, le combattant est de plus en plus connecté avec son environnement ; à travers le monde, les programmes d’équipement fleurissent. En Russie, par exemple, le programme Ratnik (Combattant) permet depuis 2014 d’équiper les soldats de l’armée russe de moyens de communication modernes. Son équivalent français, le FELIN, permet aux membres d’une même escouade de communiquer via fréquence maxillaire : chuchotez et vous êtes entendu de vos alliés – et non de vos ennemis – partout à travers le champ de bataille. Quant aux Américains, ils développent depuis quelques années le programme FFW qui devrait également permettre une interconnectivité entre les combattants.

Il s’agit là des équipements déjà en action au sein des forces armées. Il faut savoir que depuis l’année dernière, l’armée française étudie sérieusement deux nouvelles pistes : les exosquelettes et les porteurs de charge autonome (MULE). Les combattants, déjà adeptes des drones de reconnaissance terrestres et aériens, seront de plus en plus secondés par des drones devenus assistants. Quant aux exosquelettes, ils devraient permettre aux soldats d’élargir leur rayon d’action grâce à une économie d’énergie lors des marches et des phases de combat. Enfin, des rumeurs provenant du Pentagone laisseraient entendre que l’US Army a lancé un programme d’armure complète pour le combattant, permettant d’allier technologie de pointe (visions nocturne, infrarouge, etc.) et protection optimale. Mais cela reste un lointain bruit de couloir.

Malgré tout, une question persiste : quelle sera la véritable efficacité de ces nouvelles technologies et de ces soldats augmentés ? On constate aujourd’hui qu’un soldat américain « coûte » 23 000 $  en équipement et 1 million $ en entretien lorsqu’il est en opération. Ce soldat, cependant, peine à vaincre une guérilla dans les montagnes afghanes ; l’armée saoudienne, équipée et formée selon les critères les plus modernes, n’en finit plus de s’enliser au Yémen face à des rebelles houthis plutôt mal équipés sur le plan individuel. Un équipement de pointe fera-t-il la différence ?

09/19/2018

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